Preskotobiografy

Texte du 05 octobre 2003

La télévision s’'est tue. Pas un bruit à l’'intérieur. J’'attends, je ne bouge pas, je ne manifeste pas une nouvelle fois ma présence. Il me faut attendre désormais. Poussée par la curiosité, elle viendra ouvrir. La curiosité est une chose bonne, elle me sert. J’'attends du côté opposé aux gonds, poussée par sa curiosité, ne trouvant personne sur le pas de sa porte, elle sortira sa tête plus en avant. Elle va gueuler, il faudra que je la saisisse à la gorge pour l'’en empêcher, limitant ses capacités respiratoires et de ce fait, les propriétés salvatrices de ses cordes vocales.

J’'avais fourré des gants dans la gabardine, en même temps que l’'arme. Je fixe le mur face à moi, à l'’affût de la moindre onde. Je retiens ma respiration, je la relâche parfois, très doucement, pour rester mêlé à l’'espace. Les gants épousent mes mains.

La serrure. La clé glisse doucement et entame sa révolution. Elle va ouvrir. J'’attends de voir sa sale gueule de truie, ce sera le déclic. Doucement, la lumière s'’insinue depuis le futur théâtre de ma vengeance. Ouvre, vas-y, te fais pas prier ! Putain, j'’avais pas vu ! T'’as vraiment les boules, sale paranoïaque ! Un miroir ! Il n'’était pas là avant. Il permet de révéler tous les angles morts. Elle va me voir, la salope. La salope.

Tant pis, je bondis devant elle. Surprise, elle ne comprend pas. Je me jette sur la porte, de tout mon poids, le bruit sourd de sa tête contre le bois est parfaitement audible. Elle tombe, je m’'engouffre et claque le battant. Je lui colle un pain et l'’agrippe à la gorge. Ses yeux horrifiés sont un début de récompense. J’'aime la voir ainsi, à la limite de pisser dans son froc. D'’ailleurs, elle se libère. Profite, c’'est peut-être ta dernière liberté. Elle ne peut pas se débattre, mes genoux, vissés sur ses poignets, bloquent chacun de ses bras. Mes pieds sont posés sur ses hanches. Je relâche un peu la pression sur son cou, elle tousse, inspire tout ce qu’'elle peut. Elle sait que si elle gueule, elle peut dire adieu à Lagaf et au Big Deal.

« Je vais te le dire une fois. Et tu n’'ouvriras la bouche que pour me répondre. » J’'ai envie de la crever. Si elle sait ça, dans les deux cas, c’'est la fatalité. Toute la difficulté est de lui faire croire que l’'option que je veux qu'elle prenne lui procurera aussi un avantage. « Dis moi où le trouver. C’'est après lui que j’'en ai. » On doit trouver un semblant d’'instinct de survie chez le porc. Elle remue ses lèvres, je relâche un peu l’'étau. « Nancy ! Dans mon carnet ! » Sale traître, tu me dégoûtes. Pas la moindre résistance, trop attachée à ta vie de merde. Je saisis l’'arme et je dépose le canon sur sa gorge. « Tu vas rester silencieuse. Tu vas me donner ton carnet. Tu vas découper des bandes dans un drap. » Je dois m’'assurer qu’'elle va se tenir tranquille pendant mon "voyage".

J'’ai l’'adresse. Les bandes sont prêtes. Tout en pointant l’'arme sur elle, je lui fais signe d’'avaler une bande et d’'en nouer une autre devant son claque-merde. Comme ça, elle restera muette. Je l’'assieds sur une chaise, je lie ses mains solidement, puis ses jambes. Le tour de sa taille aussi. Je refais le bandage autour de sa bouche et lui fais avaler un morceau supplémentaire.

« S’'il m’'arrive un truc, personne ne viendra te libérer. » Elle ne bronche pas, quelqu’'un doit passer la voir tous les jours. Je la bute ? Ouais.

Je me tourne vers elle, elle a compris. Elle commence à s’'agiter, inutilement. Je me dirige vers la salle d’'eau pour me saisir d’'un rasoir. J'’en broie la tête pour récupérer une lame. Je regarde la dame, je crois que je souris. Ses yeux injectés de sang implorent le pardon. N’'est digne de pardon qu'’un ami. Une incision longitudinale sur chacun de ses bras, le metal mord la veine. Elle meugle, comme si elle allait mourir. Cessons de faire de l’'ironie, un coup de crosse bien placé la calme sur le champ. Le sol, peu à peu rouge.

Je tire la porte, double tour. Je casse les clefs dans leur serrure. Direction Nancy.
00:40:28 - PJ -

Texte du 20 septembre 2003

Mon pas est rapide.

Le temps est moche. Ca m'arrange, une gabardine permet de camoufler plus facilement. Je remonte le boulevard qui fait la jonction entre nos deux appartements.

Peu à peu, je repense à cette histoire. Il le faut. Il me faut de la haine, beaucoup de haine pour accomplir mon dessein. Pourtant, ce n'est que broutille. Je n'ai juste pas apprécié de voir mon amour propre écorché. Je suis un intouchable, dans tous les sens que cela suppose. On ne peut pas, on ne veut pas. Sauf elle.

Tu te croyais à l'abri connasse ? A l'abri de quoi ? Même sans toi, "demain" est immuable.

Tu as menti pour te protéger. Mentir, protéger... On n'assure pas ses arrières par le mensonge, on ne fait qu'ériger un mur contre les évènements futurs. Comme trop de monde, tu confonds tout. Comme trop de murs, tu es vulnérable. Je ne sais pas encore ce que je te réserve. Je n'ai toujours pas choisi.

La clé dans la serrure. Sur une chaise, je laisse mes vêtements pour de nouveaux, plus de confort ne sera pas un luxe. J'enfile la gabardine. J'ouvre le tiroir. L'arme est là, on va pas s'appesantir, je la fourre dans une poche.

Déjà dans le couloir, mon coeur s'emballe, je suis nerveux, je descends par les escaliers. C'est le début de l'après-midi, mais je m'en fous, c'est ce moment que j'ai choisi. Mes pieds frappent le sol en cadence et avec hargne.

Déjà ! Elle habite dans cette ruelle à gauche. J'ai tellement ruminé que j'ai fait le trajet mécaniquement. Je pénètre dans le vestibule qui donne sur sa porte. Elle est là, normal. J'entends la télé gueuler ; encore après une de ses émissions à la con. Pas de vie à ce point, c'est un service que je vais lui rendre ! Pas de judas sur la porte, j'adore cet endroit. "Toc toc..." Héhé... [La suite...]
22:46:49 - PJ -

Texte du 16 septembre 2003

Elle respire doucement. Je l'ai portée jusque dans sa chambre après qu'elle se soit endormie. Je l'ai dévêtue, puis revêtue. Allongée, puis couverte. Je me suis insinué à ses côtés, prenant une main dans les miennes. Nous avons passé la nuit ainsi. J'aime regarder ce petit ange, j'aime sentir l'odeur de sa peau au petit matin.

Je m'allonge sur le dos. Une sensation que je n'avais pas ressentie depuis un temps m'envahit à nouveau. Une oppression. Ma cage thoracique semble bloquée par un poids invisible. Puis c'est ma gorge, la désagréable sensation. Ecrasée, étouffé. J'ai beau me tourner dans tous les sens, elle est là. J'ai l'impression de devenir fou. Parfois, je ressens cette présence, je sais qu'elle va m'attaquer.

Marie imprime sa main sur ma poitrine. J'avais peur ? Non...

Elle roule sur moi, elle joue. Se couche sur moi comme la veille, m'enlace et laisse courir ses lèvres sur mon visage. Je l'étreints à mon tour, puis je décide de dévorer son bras. Elle rit et se tortille comme un asticot, la peau délicate lui envoie des décharges délicieuses. Un baiser sur son front, je me lève. Elle aussi, elle me suit.

Le thé coule dans nos tasses. Je jette un oeil par la fenêtre tout en sirotant, aspirant entre les dents. Je reviens m'asseoir face à elle. Elle nous a préparé des tartines géantes. Comme tous les matins avec elle, j'ai droit à ma cuillère de confiture sur le nez. J'aime ça la cerise, je récupère tout avec un doigt et j'engloutis. Elle rit, encore. Petit diable, tu te venges pour le "thébasco". C'était dégueulasse, c'est vrai.

Il faut que je file, c'est pour bientôt. Je reviendrai la voir ce soir, même heure. J'embrasse ses lèvres de sucre.
02:57:49 - PJ -

Texte du 12 septembre 2003

Un stick, mais je me ferais bien un shoot. Je demanderai à Sam s'il peut pas me récupérer le dérivé de morphine qu'ils utilisent à l'hosto. Une voiture passe au ralenti. C'est Marie qu'il veut ? Fout lui la paix, c'est fermé pour ce soir. Je le regarde, vieux bourge. Encore un que sa femme veut pas sucer... Je suis là, j'y reste, il a compris, il déguerpit.

Elle n'est toujours pas là, j'en roule un autre.

Demain j'irai voir cette pétasse, j'aviserai le moment venu. J'hésite. Que dois-je faire ? La terroriser ? La violenter ? La flinguer ? On ne me donne pas ainsi. A cause d'elle, j'ai essuyé des coups. Rancunier. Après ça, viendra le tour de son type. Pareil, quelle sentence ?

Jolie Marie, te voilà. Ton regard un peu triste me laisse deviner le degré de servilité de ta soirée. Tu réponds à mon sourire par un petit geste de la main. Tu presses le pas, je me redresse. Je t'accueille dans mes bras, te serrant fort contre moi. Nous montons, toi devant.

L'eau clapote dans la douche. Elle se lave de toutes ces mains qui l'ont touchées. Et laver l'âme ? J'attrape un livre sur le sol. Combien de fois l'ai-je lu ? Beaucoup, pas assez. J'ouvre au hasard. Je le connais par coeur. Je sais ce qui s'est passé, je sais ce qui se passera. Mais je ne sais pas avec les mots de l'auteur, encore une fois je m'en imprègne.

Sur la plage, le héros subit l'intimidation visuelle d'un arabe. Ce dernier projette dans ses yeux les reflets du soleil que renvoie son couteau. La chaleur accablante, écrasante, le sable donne l'impression de se dérober sous ses pieds. L'arabe s'écroule...

Son parfum envahit la pièce, je lève les yeux. Ses cheveux tombent sur ses épaules. Elle est enveloppée dans un peignoir blanc qui fait ressortir délicieusement sa peau mat. Elle vient se coller contre moi, je pivote pour lui faire face. Elle glisse plus prêt encore, son front collé contre ma poitrine, les yeux mi-clos. Je me courbe pour déposer un baiser sur sa tempe. "Je t'aime."

Elle m'invite à m'allonger et se couche sur moi. Puis elle dépose ses lèvres sur mon menton. Collée à moi, comme une enfant, je la regarde s'endormir.
04:47:58 - PJ -

Texte du 07 septembre 2003

Elle est nue. Je distingue parfaitement son corps dans la pénombre. Que cherche cette fille ? N'a-t-elle pas un coeur qui bat sous ce sein maternel ? Elle se contente d'envoyer valser les vapeurs de tabac au plafond. Je détourne la tête, tire une longue bouffée, accoudé au balcon, une serviette autour de la taille. Je balance le filtre sur la chaussée, quatre étages plus bas.

Elle s'est allongée. Je traverse la chambre, jusqu'à la salle d'eau. Son parfum sur ma peau, ce voile acre-doux qui, je le sens, m'enveloppe. La moindre des choses quand on retrouve celle qu'on aime, c'est de toujours lui donner la même unicité.

J'enfile mes vêtements sagement posés sur le dossier du canapé. Je jette un oeil dans la chambre, toujours alanguie. Les clefs ne sont pas sur la porte. Mais celle-ci n'est pas fermée. Une fois en bas, j'observe le balcon, sûr de l'y trouver. Elle est là et me regarde partir, ses cheveux sombres se balancent doucement. Je regarde droit devant et je fuis.

Je vais rejoindre Marie, elle ne devrait plus tarder maintenant. Les rues sont désertes, j'aime toujours autant ça. J'ai l'impression d'être seul ici bas, dommage que ça ne soit pas le cas. Je m'assieds sur les marches qui mènent à son appartement. Rapide coup d'oeil à l'heure. Trente minutes. C'est rien, pour elle j'attends. J'attends...
01:23:59 - PJ -